L’étude a débuté en novembre 2015 et a été menée par, notamment, Ambroise Romnée d’Architecture et Climat (un centre de recherche de l’UCL). L’étude a été suivie par un comité d’accompagnement constitué d’une bonne dizaine d’acteurs institutionnels (opérateurs de l’eau, administrations), académiques....
A la base, il y a l’hypothèse que des alternatives sont possibles à la construction d’un bassin d’orage, en l’occurrence celui, d’une capacité de 50.000 m3 prévu dans le bassin versant Bassin versant Ensemble de l’espace géographique à l’intérieur duquel les eaux pluviales s’écoulent vers un même exutoire. La limite de cet espace est défini par les points les plus élevés (crêtes) qui déterminent la direction d’écoulement. L’exutoire est généralement un cours d’eau situé en fond de vallée, mais à Bruxelles, où de nombreux ruisseaux ont été enterrés, il est souvent remplacé par un collecteur d’égout. du Molenbeek.
A la base, il y a l’hypothèse que des alternatives sont possibles à la construction d’un bassin d’orage, en l’occurrence celui, d’une capacité de 50.000 m3 prévu dans le bassin versant du Molenbeek. C’est donc le territoire concerné par ce bassin d’orage qui a servi de périmètre pour l’étude.
Les objectifs en étaient en particulier de mieux connaître :
– les capacités quantitatives (en terme de flux) des NRU au départ du cas concret d’un bassin versant pi- lote, choisi pour sa représentativité dans la Région ;
– le potentiel de développement économique et d’em- ploi lié à l’utilisation des NRU partant du cas concret développé.
Le développement de l’étude
L’étude était structurée en cinq parties distinctes - bien évidemment interconnectées - les Work Packages (WP) :
– WP1 – Bench marking des dispositifs alternatifs. - WP2 – étudie le potentiel opérationnel des NRU - WP3 – étude sur le potentiel économique
– WP3 – étude sur le potentiel d’emplois
– WP5 – Rapport final...
Le nom AQUATOPIA renvoie vers une notion d’ « utopie réaliste ». Il s’agit de voir ce qui serait réalisable techniquement s’il n’y avait pas les inévitables freins d’ordre financier, administratif... Bref, de formuler un hypothèse maximale, mais réalisable compte tenu des contingences géologiques, urbanistiques (bâti et dessin des voiries tel qu’ils sont, réglementations...)
A l’approche « utopie réaliste », est venu s’ajouter celle d’ « universel concret », qui indique le fait de monter en généralité tout en ne se détachant pas du substrat concret sur lequel repose la recherche...
Description générale de l’étude
La première partie (WP1) consiste en une analyse pré- cise de réalisations concrètes dans différents pays, d’aménagements visant une gestion intégrés des eaux pluviales.
La seconde partie (WP2), la plus longue, décrit et analyse les diverses typologies de bâtit (îlots) et de voiries du périmètre, et en analyse les caractéristiques en terme de potentiel de gestion intégrée des eaux pluviales : infiltration
Infiltration
Représente la quantité d’eau pluviale qui percole par gravité dans un sol, naturel ou non. La capacité d’infiltration d’un sol, ou perméabilité, dépend de sa nature (porosité, composition) et de sa teneur originelle en eau. Ainsi, une surface bitumée sera qualifiée d’imperméable (infiltration faible) tandis qu’un sol sableux sera qualifié de très perméable (infiltration importante).
, temporisation, etc. Pour ce faire, elle passe le périmètre au peigne fin, îlot par îlot, rue par rue, détermine l’ensemble des typolo- gies qu’on y retrouve, en identifie un certain nombre que l’on rencontre le plus souvent en sont les plus ca- ractéristiques.
Elle révèle :
– 23 typologies d’îlots, parmi lesquelles elle identifie les 4 les plus caractéristiques ; elles couvrent 37% du terri- toire et représentent 68% de l’ensemble des typologies.
– 24 typologies de voiries, parmi lesquelles 7 types sont pointés, qui représentent 73% des linéaires de voiries, et couvrant 20% du périmètre.
Chaque typologie est décrite de façon très détaillée : inclinaison et orientation des toitures, profils des voiries, tout y passe, ainsi que les conventions urbanistiques (largeur minimale des trottoirs,...) des questions liées à la biodiversité Biodiversité , au maillage bleu Maillage bleu Projet de (re)création et de (re)valorisation d’un réseau hydrographique de surface en Région de Bruxelles-Capitale mené par Bruxelles Environnement. , etc.
Comme on le voit, le choix des scénarios n’est en rien arbitraire et intègre d’emblée une dimension « réaliste » de fonctionnalité des éléments étudiés. C’est pour ces 11 typologies qu’AQUATOPIA élabore, en s’appuyant sur le bench marking du WP1, un scénario idéal, et pour en estimer l’efficacité hydrologique, « fait tourner » le modèle de calcul hydrologique développé grâce à l’étude QuaDeau.
Quelques résultats
Les principaux résultats quant à l’efficacité hydrologique moyenne du scénario proposé serait que les quantités d’eaux de pluie suivantes ne seraient pas directement rejetées à l’exutoire
Exutoire
Issue par laquelle un ensemble d’eaux est évacué, s’écoulant le plus souvent par gravité. Dans un bassin versant, il est généralement représenté par un cours d’eau ou un collecteur en fond de vallée.
en cas d’épisode pluvial :
– pour les voiries étudiées, soit 20 % du périmètre, 74% en cas de pluie décennale et 100% en cas d’une pluie bimensuelle
– pour les îlots étudiés, soit 37 % du périmètre, 85% pluie décennale) et 100% (pluie bimensuelle)
Tout ceci en imaginant des dispositifs architecturaux (ci- ternes, toitures stockantes) ainsi que des ouvrages spécifiques (noues, revêtements filtrants...) qui couvri- raient environ 6 % des surfaces des îlots et 8 % en voirie. Le dimensionnement et les caractéristiques de ces ouvrages devraient bien entendu respecter les fonctions premières des surfaces d’implantation.
Le WP3 et le WP4 - L’étude sur le potentiel économique et l’étude sur le potentiel d’emplois
Ici, l’étude démontre que le coût total volumique de techniques alternatives est largement inférieur à celui d’ouvrages classiques tels que les bassins d’orage (483 €/m3 comparativement à 1000-1300 €/m3)
Les différents coûts pris en compte ici concernent la construction et la maintenance des ouvrages de gestion décentralisée implantés dans les typologies étudiées. Ici, l’étude démontre que le coût total volumique de techniques alternatives est largement inférieur à celui d’ouvrages classiques tels que les bassins d’orage (483 €/m3 comparativement à 1000-1300 €/m3).
Concernant le potentiel d’emploi : l’aménagement et la maintenance des ouvrages concernés ici permettrait la création de 24 à 228 ETP sur ce seul petit territoire. Cet enjeu, crucial, demande des recherches plus approfondies.
Critiques et limites
L’étude a été accueillie positivement. Certes, un certain nombre de critiques ont été émises, quant à la prise en compte insuffisante de certains coûts (démantèlement des voiries préalables aux aménagements proposés), des « incidences » , (tels les risques de pollution des sols par des hydrocarbures), sur l’estimation juste des coûts pour l’entretien et la gestion des ouvrages, ou encore de précisions néces- saires sur les emplois qui pourront réellement être créés (relatifs à l’aménagement et à l’entretien).
Enfin, une importante critique est émise enfin concernant le fait cette recherche ne développe pas un outil aussi aisément utilisable à l’instar de QuaDeau.
Conclusions
Cette recherche est la première du genre. La mise en risque du concept de Nouvelle rivière urbaine semble passer l’épreuve de l’opérationnalité. Il y a déjà là une conclusion importante en terme de gestion de l’eau à Bruxelles.
Certes, il faudrait pouvoir affiner certains éléments de l’étude. Mais les critiques posées n’en invalident pas le résultat. Nous proposerions bien de mener l’exercice sur d’autres territoires de la Région bruxelloise. Par exemple, nous verrions bien une étude Aquatopia sur la partie du versant en amont du square Lainé à Forest, où il est prévu la construction bassin d’orage de 5000 m3.
Par ailleurs, toujours sur le plan économique, AQUATOPIA n’aborde pas les éléments d’externalités positifs, les aménités telles que l’amélioration esthétique ou la place belle faite à la biodiversité et à ses bienfaits en zone urbaine : régulation du climat, impact sur la santé et le bien-être...



