Invitation, sous la forme d’une carte postale, à la première balade dans la vallée du Maelbeek, organisée au départ du processus qui devait conduire à la réalisation des modules. Graphisme : Jean-Marie LISON, qui documenta aussi les différentes étapes grâce à ses talents de photographes. Retrouvez ici l’album de ce premier rendez-vous avec la vallée et ses habitant-es.
Quelles balades ?
Nous parlons à la fois de ce à quoi on invite, à une balade, et à la forme de l’invitation, qui peut être :
- un carnet (dans le cas du Zandbeek)
- un ensemble de modules : Curieuses balades du Maelbeek (réalisée) ou autour de l’Abbaye de Forest (non réalisée)
- ou encore d’une intervention temporaire dans l’espace public (Elsbeek)
Nous décrivons ici les étapes (possibles) de réalisation de ces balades
1.- Exploration selon plusieurs thématiques
Etape 1 : l’exploration
Une première étape porte sur la découverte ce que l’on veut mettre en valeur. Cette découverte passe, comme toute découverte, par l’exploration du territoire...
Une équipe d’exploration s’intéresse au relief, à la flore, à la faune, aux histoires du territoire qu’elle explore.
Elle en ramène des images, des récits, des herbiers, des « trophées » qui jadis trouvaient place dans les Cabinets de curiosité, ancêtres de nos musées.
L’étude de ces trophées, des récits des explorateurs permirent aussi de mieux comprendre le monde.
Grâce aux explorations, une partie du monde, l’Europe, découvrit de nouveaux mondes. Cependant, ces explorations furent le plus souvent un prélude à leur conquête, voire à leur destruction - ou en tout cas à l’exploitation, au pillage de leurs richesses...
Nous nous proposons d’être des explorateurs, mais non des conquérants, à moins qu’il ne s’agisse d’acquérir une compréhension de son territoire, de sa ville, de son quartier... En découvrir les richesses, son potentiel, c’est d’une certaine manière, se donner un pouvoir d’action à soi-même, se donner le droit à la ville.

Nommer pour reconnaître l’existence, d’une espèce, d’une vie qui surgit même là où elle n’est pas vraiment souhaitée.
Quelques thématiques d’exploration...
1. « un quartier plein de vie » Découverte de la biodiversité Biodiversité du quartier
Dans la vallée du Maelbeek, cette étape est passée par la création d’un herbier, qui nous mène à la découverte des histoires des plantes, de leurs rôles au sein des biotopes urbains : si l’herbier comme le cabinet de curiosités sortent les objets de leur contexte, l’observation du biotope Biotope Composante non vivante (abiotique) de l’écosystème, le biotope est caractérisé par des facteurs climatiques, géographiques, physiques, morphologiques et géologiques,... en équilibre constant ou cyclique et occupé par des organismes qui vivent en association spécifique (biocénose). les y replace.. Herbes du quartier et de la vallée en général.

Une balade cadrée pour interroger notre regard sur le paysage
2. « exploration du paysage »
La géologie, la géographie, l’hydrologie Hydrologie Science se référant au cycle de l’eau sur Terre, c’est-à-dire aux échanges et aux flux entre l’atmosphère, la surface terrestre et son sous-sol. , les typologies urbaines, les perspectives, les coins secrets, le patrimoine...
Nous partons de la question du paysage urbain, que nous dit-il ? Qu’est-ce qu’un paysage ? Qu’est-ce qu’un paysage urbain ?
Le paysage, est-ce un bout de territoire ou sa représentation ? Et qu’est-ce qui fait que nous trouvions un paysage beau ou laid, agréable ou oppressant ? C’est ce que nous proposons de voir ensemble au cours de balades ou, par exemple, à l’aide d’un cadre vide, nous "encadrons" un paysage, à l’instar des peintres ou des photographes.

Fontaine de la Place Saint-Denis, qui depuis le XIVe s. fournissait gratuitement aux villageois l’eau de sources captées en amont. Ici, une carte postal ancienne (fonds Belfius, Académie royale de Belgique) évoque les temps où l’eau à la maison n’était pas une évidence pour toustes.
3. « Mais où sont les terroirs d’antan ? »
Nous nous intéressons aussi à l’évolution, au travers de l’histoire, du territoire où nous sommes…
L’histoire nous est révélée par les archives. Elles nous font revivre le souvenir celles et ceux qui vivaient ici avant, qui ont façonné le paysage, qui y ont cultivé champs et jardins, élevé poissons et bétail, brassé de la bière, creusé des puits, construit et fait tourner des moulins…
Mais l’histoire d’un lieu nous est aussi racontée par des passionnés, et par des témoins, qui l’ont vécue... et faite. En effet, l’histoire ne s’arrête pas. Elle se fait tous les jours... Et un combat réussi, ou non contre la destruction d’une zone naturelle, la création d’un jardin collectif, d’un habitat groupé participent de l’histoire d’un quartier au même titre que jadis l’apparition des premières implantations humaines, des prémisses de l’urbanisation...
Au cours de l’écriture du Carnet du Zandbeek, nous avons organisé deux rencontres publiques avec des témoins, Andy Lahou (comité NFK) et Léon Meganck (biologiste, défenseur du Parc Jacques Brel...)

Repérage in situ, à l’aide d’une maquette grandeur nature des modules.
Etape 2 : vers la concrétisation
Une deuxième étape consiste à travailler sur la signalétique créative de la balade verte et bleue telle qu’elle devrait prendre forme dans le futur en se posant les questions suivantes
à partir de quatre questions :
– quoi, qu’est-ce-que nous voulons raconter au travers de la Balade verte et bleue
– comment : sous quelle forme (nombre de panneaux et d’éléments signalétiques)
– où : implantation sur le territoire des éléments de la signalétique
– avec qui : qui associons-nous à la réalisation du contenu et de la forme
Cette phase comprend l’une ou l’autre promenade de repérage, au cours desquelles s’établit le scénario de la balade, on en identifie un ensemble de « stations », les lieux où implanter des panneaux, en fonction de « quoi y raconter ».
Vient alors le temps de l’écriture, qui se veut, elle aussi, collaborative. Nous faisons appel aux ressources locales : passionné-e-s d’histoire, porteurs d’initiatives locales, témoins...
Dans le cas du Maelbeek, le scénario, « quoi y raconter », a été transposé sous forme de fiches, qui furent exposées au ensuite à l’occasion d’une assemblée ouverte aux habitants et acteurs locaux intéressés. Le but était de sélectionner une quinzaine de situations, qui constitueront un scénario valisé de la future balade...
Le Carnet du Zandbeek a fait l’objet d’une semaine de rédaction, au cours de laquelle les EGEB assuraient une permanence dans une salle de l’Abbaye de Forest, et dont il ressortit une première mouture du contenu.

Signal ou sémiophore ?
Vient aussi le moment de décider de la forme. Du sens qu’on veut lui donner.
La forme du carnet, le chapitrage, le nombre de pages.... sont relativement aisées à établir.
La forme d’une signalétique dans l’espace public est plus complexe.
Il convient de penser le sens. Forme et contenu étant liés l’un à l’autre. Un module/panneau implanté dans l’espace public, pour attirer l’attention sur un élément du paysage, c’est un signal voire un sémiophore...
Nos réflexions, au travers du processus de création des balades, nous ont amené à nous intéresser aux types d’objets, ou d’interventions dans l’espace public, des œuvres de Bansky aux plantations sauvages en passant par des détournements de publicités commerciales, ... Plus d’infos ici.
Réalisation d’un module, à l’atelier de Recyclart
Etape 3 : la réalisation
Une troisième étape sera celle de l’acheminement vers la réalisation.
Ici, on doit faire appel à une diversité de savoirs artisans : graphisme, impression... pour la publication du carnet, et à quelque chose de plus complexe quand il s’agit de modules : comment produire un "objet" esthétique, qui ait du sens et soit durable. Durable au sens de sa solidité à l’épreuve des intempéries... et des indélicatesses. Et au sens du développement durable. A cela s’ajoutent les considérations sécuritaires ou encore le problème du surencombrement de l’espace public.
Si le processus de création de modules a abouti dans la vallée du Maelbeek, il est resté sans suite à Forest, dans le quartier de l’Abbaye. Trop d’obstacles se posaient dans un quartier qui se trouvait à la veille de chantiers très importants - et très impactants.
Le long de l’Elsbeek, il s’agissait d’une intervention temporaire, dont il reste, comme trace, les panneaux repris sur notre site... et des souvenirs.

’Resolution’ and ’Discovery’ at Tahiti, huile sur toile, J. Cleveley « The Younger », entre 1770 et 1790, National Maritime Museum, Londres, Wikipedia Commons. C’est un peu par boutade que nous avions choisi, pour illustrer l’invitation à la première balade, cette œuvre qui évoque en fait l’explorateur qui conquiert, pour le compte de la puissance qui a financé son expédition - ici James Cook, dont l’artiste était en quelque sorte le reporter. Mais peut-on explorer autrement ? Explorer notre propre territoire ? Et explorer non pour conquérir, s’approprier, piller, détruire, mais pour prendre soin ?

