Balade verte et bleue du Maelbeek

Ou l’exploration, en 15 stations, d’un bout de vallée bruxelloise

Il était prévu d’implanter 15 modules seront dans dans le quartier de la rue Gray à Ixelles, entre les places Flagey et Jourdan. Dans les faits, une dizaine ont été placés.

Ils invitent à l’exploration d’un bout de territoire exploré qui est une portion de la vallée d’une rivière enfouie, le Maelbeek. Certes, on ne rencontre pas beaucoup d’eau du côté de la rue Gray, si ce n’est celle qui produit l’un ou l’autre suintement dans un vieux mur ou qui est abondamment pompée dans un chantier pour être renvoyée à l’égout.

Invisibilisée

L’eau n’est presque pas visible (ou plus visible) dans le quartier. Sauf hélas en cas d’inondations.

Pour le reste, elle est enfouie sous terre, dans les collecteurs... ou dans l’aquifère.

Pourtant, le relief, la toponymie, la mémoire du quartier restent marqués par la rivière, jadis source de vie - l’activité économique des villages étaient nourrie par ses eaux, source d’énergie (moulin) et de production (pisciculture et brasseries). Les « plaques bleues » des rues nous rappellent abondamment ce passé.

Au cours des siècles, les viviers et la rivière perdirent leurs fonctions, et, de plus en plus pollués, devinrent source de nuisances et parfois de mort (épidémies). Les viviers furent comblés et la rivière voûtée.

La ville s’étendit dans la vallée, et l’eau y restera un marqueur social. Soit, visible et théâtralisée, elle servit d’agrément et de valorisation pour le patrimoine immobilier des classes aisées (étangs d’Ixelles) ; soit, rendue invisible, elle caractérisa des quartiers populaires, ouvriers, où elle sera cause de nuisances : inondations, problèmes sanitaires (humidité)...

A l’ère du développement industriel - de plus en plus technologique - la ville eut ses problèmes, liés à l’essor de certaines activités (tels les abattoirs urbains) ou à l’imperméabilisation des sols. Des solutions technologiques y furent inventées qui, si elles eurent des effets positifs, engendrèrent de nouveaux déséquilibres. Comprendre ce processus au travers de l’histoire contribue à proposer une autre approche, qui requestionne les choix technologiques, dans d’emblée les rejeter.

Le Grand Étang d’Ixelles - lithographie d’A. Boens d’après un dessin de l’époque, 1823 - nous nous situons devant le Belga et regardons vers la rue Malibran (l’ancienne église se trouvait à l’angle de l’actuelle rue de Vergnies - Source : Archives de la Ville de Bruxelles

L’entre-deux et la croisée

On peut dire que deux éléments caractérisent le quartier que la Balade verte et bleue invite à explorer :
 l’entre-deux : Il était jadis dans entre-deux domaines féodaux (La Cambre et Eggevoort), entre deux villages (Ixelles et Etterbeek) et leurs moulins respectifs, puis entre ville et campagne, entre « beaux quartiers » sur les hauteurs et quartiers ouvriers dans le fond de la vallée. L’élément urbain marquant aujourd’hui le quartier étant « l’entre deux ponts ».

 la croisée, d’ailleurs fondement du projet établi pour le CQD : il se situe à un croisement entre un axe sud-nord, le bassin versant Bassin versant Ensemble de l’espace géographique à l’intérieur duquel les eaux pluviales s’écoulent vers un même exutoire. La limite de cet espace est défini par les points les plus élevés (crêtes) qui déterminent la direction d’écoulement. L’exutoire est généralement un cours d’eau situé en fond de vallée, mais à Bruxelles, où de nombreux ruisseaux ont été enterrés, il est souvent remplacé par un collecteur d’égout. - la vallée, et un axe - grosso modo SE-NO - constitué par le chemin de fer et l’axe routier qu’est l’avenue de la Couronne. Or, ce sont précisément ce type d’axes qui, au courant du XIX° s. surtout, ont modifié le rapport au territoire au point de parfois effacer les repères anciens qu’étaient les vallées. Du reste, dans le cas présent, l’effacement est relatif : du pont de l’avenue De la Couronne on peut appréhender combien la vallée marque le paysage...

 Un tel croisement axiologique et topographique (bas/haut, axe vallée/axe radial) est propice à une l’élaboration d’une diversité d’éléments patrimoniaux. La concentration en ce lieu est particulièrement intéressante. Succession des ponts, maisons ouvrières, ancien patrimoine industriel, piscine, maison « patriciennes » sur le haut...

On peut aussi, du reste, parler du croisement entre les thématiques que les modules évoquent :

 le vivre ensemble dans les espaces de rencontres, de vie tels que la Petite rue Malibran ou le Parc du Viaduc

 l’eau et les éléments paysagers dont la lecture permet d’appréhender quelques unes des riches interactions entre eau, humain et territoire et topographie

 l’histoire et le patrimoine : traces des temps antérieurs (micro-reliefs, toponymes...), de l’évolution du quartier, de la vallée

 les écosystèmes et la biodiversité Biodiversité  : espaces qui accueillent la biodiversité et type de biodiversité (jardins collectifs, talus de chemin de fer...)

Ci-dessous, invitation à la première balade exploratoire, au départ du processus.