Quatre rendez-vous locaux
Entre 2020 et2022, nous avons organisé dans la vallée du Molenbeek quatre cafés des savoirs à raison d’un par commune (bruxelloise) de la vallée. Chacun de ces quatre rendez-vous a réuni des potagistes, des passionné-es d’histoire locale, de nature, des personnes engagée-s dans diverses dynamiques citoyennes, actives dans des associations ou des administrations, citoyen-nes, artistes, curieux-ses de leur environnement... Chacun-e a amené ses observations, connaissances... relatives à l’eau, au rapport au végétal, à l’histoire des lieux...
Pourquoi ?
Tout au long de la vallée du Molenbeek, nombreux-ses sont celles et ceux qui tels Monsieur Jourdain, pratiquent la solidarité de vallée sans le savoir, que ce soit en maintenant des surfaces perméables, en creusant des mares, en prenant soin de sources ou de zones humides, en pratiquant la récupération des eaux de pluie...
Nous avons également accordé une place aux éléments d’histoire locale ainsi qu’aux idées, propositions parfois un peu décalées, parfois moins, souvent poétiques...
Toutes ces initiatives, toutes ces pratiques contribuent à restaurer le cycle vivant de l’eau, et donc le cycle du vivant.
Nous les avons invité-es à partager leurs observations, expériences, réflexions, anecdotes... dans le but de co-construire un savoir commun afin de…
- mieux comprendre l’hydrologie Hydrologie Science se référant au cycle de l’eau sur Terre, c’est-à-dire aux échanges et aux flux entre l’atmosphère, la surface terrestre et son sous-sol. de la vallée
- aider à concevoir des aménagements qui concrétiseront une autre gestion des eaux pluviales
- ainsi qu’inspirer une création future qui évoquera l’esprit de la vallée.
Écho des savoirs collectés
Concrètement, nous avons invité les participant-es à cartographier leurs savoirs, selon un code couleur. A chaque fois, avec le concours de l’Atelier Cartographique, une synthèse cartographiée a été établie, reprenant ce qui est ressorti des rencontres. Ces cartes ont été réalisée grâce à Cartofixer, outil en open source, élaboré et mis à disposition par l’Atelier cartographique.
Une cinquième rencontre fut l’occasion de faire converger tous ces éléments vers une vision plus générale du paysage de la vallée, ou plutôt vers un questionnement sur la vallée, le paysage... Nous y revenons dans un article spécifique. Mais tout d’abord, quelques échos des cafés qui ont eu lieu ainsi que des liens vers les cartographies de synthèse de chaque rencontre.
- Berchem-Sainte-Agathe - novembre 2022
- Ganshoren - octobre 2022
- Jette - juin 2022
- Laeken - automne 2020
Notons que nous faisons quelques commentaires sur les savoirs collectés au cours de ce premier café, afin de mettre en évidence comment chaque type de savoir, même les plus anecdotiques ou décalés en apparence, peuvent nous dire quelque chose du rapport entre humains et paysages.
Les quatre synthèses cartographiées

Illu : Neige à Berchem-Sainte-Agathe W. Degouve de Nuncques, 1912 (Musée Kröller Müller, Otterlo, Pays-Bas)
Berchem-Sainte-Agathe
Le quatrième a eu lieu le 22 novembre 2022 au Fenil du Fourquet, Centre culturel Archipel 19 à Berchem-Sainte-Agathe.
Vous en trouverez ici la synthèse cartographiée.
Cette rencontre eut une forte tonalité hydrologique, autour de la noue du cognassier notamment.
Et de quelques initiatives originales et/ou ambitieuses : projet de maraîchage au Hoogveld, « îlot nature » visant à créer avec les habitant-es d’un îlot une dynamique collective afin d’y améliorer, d’y augmenter la biodiversité Biodiversité .

Détail d’un tableau exposé dans la Salle du conseil de la maison communale de Ganshoren
Ganshoren
Le troisième café des savoirs a eu lieu en octobre 2022 à la Villa, centre culturel de Ganshoren, en collaboration avec le référent eau communal et avec le concours chaleureux de l’équipe du Centre culturel.
Vous en trouverez ici la synthèse cartographiée.
éléments saillants : Comme à Jette, ressortit avec force de cette rencontre ressortit avec force le nombre d’initiatives qui s’égrènent tout au long de la vallée et s’intéressent aux cycles du vivant, aux rôles que l’humain peut y jouer : un maillage vert se dessine (jardins collectifs, maraîchage...), qui épouse ici une volonté de maillage bleu Maillage bleu Projet de (re)création et de (re)valorisation d’un réseau hydrographique de surface en Région de Bruxelles-Capitale mené par Bruxelles Environnement. .
Des propositions : nichoirs à rapaces et à martinets dans les façades des immeubles ou de l’église - « des martinets chez Saint-Martin ? » - etc.
Quelques questions : localisation de sources, ancienne gestion paysagère des prairies alluvionnaires du Veroost ?

Ambiance à Jette, début XXe s. En arrière-plan, un des gazomètres de l’usine à gaz, qui se situait à Esseghem, à l’emplacement des actuels logements sociaux - Archives communales, Jette
Jette
Le deuxième café eut lieu en juin 2022 à Jette, à la Bibliothèque néerlandophone, avec le concours d’une habitante engagée.
Vous en trouverez ici la carte de synthèse.
Quelques éléments saillants : Tout comme le suivant (Ganshoren), ce café des savoirs mit en lumière une constellation d’initiatives citoyennes ou publiques touchant aux cycles du vivant. Un maillage d’initiatives d"écologie urbaine se dessine... entre vergers urbains, jardins collectifs, banques de semences ; et des propositions aussi allant dans ce sens : écologisation des grandes avenues arborées traversant la commune, généralisation des marchés d’échanges de semences et de plantes dans les quartiers....
Quelques observations faunistiques aussi, qui témoignent des effets positifs de mesures de protection, de gestion d’espaces naturels (bouvière, orvets, couleuvres à collier...).
Quelques questions : la cascade du parc du Sacré-Cœur (côté Bonaventure) : quelles eaux l’alimentent-elles ? Quelles opportunités, quels projets de récupération d’eaux pluviales des toitures de la VUB ?
Square Clémentine au début du XXe s. Document Université de Gand
Laeken
En automne 2020 le premier café des savoirs s’est tenu à Laeken, dans les murs de la Maison de la Création, avec la collaboration de la Bibliothèque communale francophone et des référentes eau de la Ville de Bruxelles.
Vous pouvez également prendre connaissance ici d’une bibliographie réalisée à cette occasion par l’équipe de la Bibliothèque communale de Laeken
Un récit commence à se tisser…
Si Laeken compte de vastes zones vertes (parcs très aménagés - et largement privatisés), le cœur urbain de l’ancienne commune (faisant partie du « croissant pauvre » le long du Canal, semble aujourd’hui sec et peu verdoyant… Peu accueillant pour les non-humains et parfois peu hospitalier pour les humains qui y vivent. Pourtant, au détour d’une ruelle peu fréquentée, on découvre l’un ou l’autre jardin collectif. L’eau y est parfois présente de façon un peu secrète. L’ancien square Prince Charles ; créé vers 1900 comme bassin de chasse du Molenbeek voûté, recèle une zone humide qui fait le bonheur de l’avifaune.
L’eau surgissait d’un peu partout à Laeken. Deux ruisseaux y convergeaient vers la Senne : Le Molenbeek ainsi que le Drootbeek. La Petite Senne, dérivation d’une partie des eaux de la rivière contournait la Ville de Bruxelles et rejoignait le cours principal de la Senne à Neder-Over-Heembeek après être passée sous le Canal par le Siphon dits des Trois Trous . Les témoignages de l’époque évoquent les mauvaises odeurs qu’exhalait le cours d’eau, victime comme tant d’autres de la pollution…
La source Sainte-Anne ou des Cinq-Plaies eut longtemps la réputation d’être miraculeuse - selon une analyse faite au début du XXe. s., elle était à l’époque tout juste potable.
Plus d’infos sur les sources : voir inventaire établi par Coordination Senne
Ce détail de carte manuscrite des environs de Bruxelles, dessinée vers 1810 par Guillaume de Wautier, nous montre le village de Laeken et ses alentours, l’eau y était présente, visible - ruisseau et pièces d’eau - ou irriguant les sols - potagers...
Industries, tensions passées
Dès le début du XIXe s., l’industrie apparut le long du canal et du chemin de fer. Laeken vit s’ouvrir une des premières fabriques de produits chimiques de la région.
Si l’industrie prospère, les richesses produites ne sont pas réparties de façon égale… Les conditions de travail y sont rudes. Et l’eau constitue un marqueur social La rue de la Cave (Kelderstraat), devenue depuis rue Fransman comptait de nombreuses blanchisseries. Elles utilisaient une eau polluée, ce qui faisait peser de lourds risques sanitaires aux ouvrières. Un jeune vicaire de la paroisse Notre-Dame les incita à s’organiser et à plaider pour une amélioration de leurs conditions - sanitaires notamment - de travail. Il s’appelait Cardijn et cet épisode constitua peut-être bien l’acte fondateur (ou l’un des actes fondateurs) d’un mouvement mondial qu’il créa, la Jeunesse ouvrière chrétienne. Cet épisode rappelle qu’au temps de la révolution industrielle ; les inégalités sociales étaient aussi environnementales. Ceci nous renvoie à de enjeux toujours présents.
L’industrie a laissé des traces : bâtiments industriels mais aussi des traces dans le sol. Les terres de tel jardin collectif sont-elles polluées ? Qui se situe à l’emplacement d’une fabrique d’encres ? Les analyses rassurent, l’inquiétude reste. Un projet pilote de phytoremédiation [1] a été mené autour de l’ancienne halte royale.
Ville, tensions toujours présentes
L’industrie s’est développée, et aussi la ville. Les sols ont été imperméabilisés, la plupart des étangs comblés et les ruisseaux, transformés en égout à ciel ouvert, envoyés sous terre. Avec comme conséquence prévisible, des inondations périodiques, signalées en divers lieux de l’ancienne commune.
A ces inondations, à côté des solutions classiques, on imagine des solutions alternatives, telles la remise à ciel ouvert d’anciens cours d’eau (la Région y travaille) ou le retravail du paysage urbain pour le rendre moins perméable.
L’histoire pour autant n’est pas simple. Il y a des enjeux et des tensions : faut-il densifier la ville, construire dans les dents creuses, accepter des projets immobiliers au détriment de l’agrément ou de la qualité de vie des riverains (la colère grondait alors autour du Donderberg – Mont du Tonnerre (Voir site du collectif qui s’est battu pour la sauvegarde du site) ?
Et enfin, faut-il accepter qu’un immense espace vert profite à une seule famille, fût-elle royale ?
Le Tivoli sur la carte dessinée par G. de Wautier (vers 1810 - conservée à la KBR)
Le même Tivoli sur la carte topographique de Belgique, 1880 (Institut cartographique militaire - ICM - aujourdhui IGN)
On se promenait jadis le long du Canal
L’allée verte, le long du canal, était jadis la promenade dominicale favorite des bruxellois. Elle traversait en ces temps-là une verte campagne et menait du côté de Laeken à diverses guinguettes où l’on pouvait se désaltérer. La plus grande et fameuse, le Tivoli, elle était située au milieu d’un étang, Gérard de Nerval y vint et le graveur Jean-Baptiste Madou en a laissé une représentation.
Il n’en reste comme souvenir que le nom d’une rue… Une idée gag a été émise au cours du Café des Savoirs : et si on recréait une guinguette (à gaufres) à la rue du Tivoli ?
Nixe norvégien, Theodor Kittelsen (1857-1914)
Lutin-es, ondin-es...
Un récit commence à se tisser donc, faits de divers fils bleus, parfois tendus au point d’être un peu coupants, parfois doux au toucher et reliants…
L’esprit de la vallée émergerait-il de cette toile complexe ? En tout cas, d’esprits il en est question, on nous signale des nixes (en ancien flamand « nekker ») à Laeken, génies des eaux. Existent-ils ou (elles ? Ont-ils ou ont-elles existé ? L’enquête se poursuit…
Pour faire connaissance plus ample connaissance avec les nixes :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nixe
Parmi les habitants de la vallée...
(dessin Kim Tondeur)






