La cascatelle du Molen in de (Ijzeren) Breme - pour Moulin dans les grilles de fer, ou Volmolen - pour Moulin à Fouler (la laine), établi sur le cours de l’Elsbeek, à hauteur de la porte de Hal. Dessin de Paul VITZTHUMB, 1828 - le moulin venait d’être démoli, au moment de la destruction des remparts et la ville et de l’aménagement, à leur place des boulevards de la Petite Ceinture (KBR, Cabinet de Estampes)
Du bas vers le haut...
Dans un précédent article, nous rappelons les convergences qui eurent lieu autour des sources de l’Elsbeek, ou en tout cas du haut de ce petit bassin versant Bassin versant Ensemble de l’espace géographique à l’intérieur duquel les eaux pluviales s’écoulent vers un même exutoire. La limite de cet espace est défini par les points les plus élevés (crêtes) qui déterminent la direction d’écoulement. L’exutoire est généralement un cours d’eau situé en fond de vallée, mais à Bruxelles, où de nombreux ruisseaux ont été enterrés, il est souvent remplacé par un collecteur d’égout. . Convergences qui aboutirent à la création d’une expo et à l’élaboration de recommandations dans le cadre de contrats de quartier durable, autour de l’idée d’une "nouvelle rivière urbaine" locale. Les relations avec le CQD se sont ensuite clôturées. En 202o, c’est de l’aval de la vallée qu’une nouvelle demande, citoyenne nous est venue.
Sommaire
Référence liée à ce chapitre

Photo Jean-Marie Lison, ca 2015
De nouvelles opportunités ?
2020, un nouveau CQD, GH pour « Gare Habitante » couvrant cette fois le bas du versant, semblait offrir des opportunités de réalisation de telles ambitions. Il s’agissait donc pour nous de travailler à des propositions, voire davantage, dans le cadre des projets socio-économique qui se mettaient en place dans ce cadre de ce CQD.
« Semblait » car cette fois, il n’y avait guère de place pour des initiatives citoyennes. Dans de précédents CQD, à Forest, à Ixelles et à Jette, et aussi dans à Saint-Gilles en lien avec le CAD Parvis-Morichar, les EGEB, en collaboration avec des acteurices locales et académiques avaient pu développer des actions dans le cadre du programme dit « socio-économique ». Or, il s’avéra que ce programme, au sein du CQD était déjà fort cadenassé et qu’il restait peu de place, peu de financement possible pour des actions telles que les nôtres.
Les collaborations se poursuivirent néanmoins, sous une forme... surprenante.

Incipit de l’Histoire d’un ruisseau, de Élisée Reclus, écrit en 2021 à l’occasion du tracé du ruisseau, à la craie, au travers de Saint-Gilles)
Une aventure
« Ces gouttelettes qui scintillent ont traversé le granit, le calcaire et l’argile, elles ont été neige sur la froide montagne, molécule de vapeur dans la nuée, blanche écume sur la crête des flots ; le soleil dans sa courbe journalière les a fait resplendir des reflets les plus éclatants ; la pâle lumière de la lune les a vaguement irisés ; la foudre en a fait de l’hydrogène et de l’oxygène, puis d’un nouveau choc, fait ruisseler en eau ces éléments primitifs. »
« L’histoire d’un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse est l’histoire de l’infini. »
E. RECLUS (Histoire d’un ruisseau, Hetzel, 1869 – réédité Actes Sud, 2005)
Au printemps 2021, les mesures sanitaires empêchent encore d’organiser des visites en grands groupes. Or, EGEB et habitant-es espéraient que les Journées de l’eau de cette année-là soient le moment de faire connaître l’Elsbeek et les souhaits citoyens pour le faire réexister comme cours d’eau dans l’espace public.
Cependant, vu les mesures, pas question d’inviter un grand groupe le temps d’une balade en plein air.
Qu’à cela ne tienne, le contenu de la balade, ce que les un-es et les autres auraient voulu raconter a été transcrit sur une quinzaine de panneaux accrochés le long de l’itinéraire de la balade. Laquelle suivait dans la mesure du possible l’ancien tracé du ruisseau (dans la messure du possible, vu qu’en plus d’un endroit le tracé traverse actuellement des îlots densément bâtis, qu’il est bien entendu impossible de traverses...). En quelque sorte une "Curieuse balade", produite avec les moyens du bord.
On peut les retrouver ici, sur le site des Curieuses balades, les pdf de ces panneaux.
Cependant, Olivia Bara, habitante et artiste, a eu l’idée de réunir ce panneaux par un tracé blanc, à la craie, évoquant celui du ruisseau. Avec le concours d’un artiste habitué à pratiquer des interventions éphémères de ce type, une équipe a vaillamment peint un ruisseau de craie depuis l’ancienne tête du ruisseau, place Morichar, jusqu’à son embouchure vers la Senne, place de France, au-delà de la Gare du Midi... Aventure un peu épique, mais qui fit prendre conscience à certain-es habitant-es de l’existence du cours d’eau.
On peut retrouver les panneaux sur le site des Curieuses Balades.
Dans le pertuis Pertuis À Bruxelles, un pertuis désigne une canalisation souterraine destiné à recevoir des eaux claires, plus souvent spécifiquement celles d’un cours d’eau. Celui-ci peut alors être décrit comme voûté. de l’Elsbeek, inspecté par la Commune, en 2019
Épilogue
Où il s’avère que les sources de l’Elsbeek sont encore actives. C’est un fait connu, les étangs du parc Paulus sont encore et toujours alimentés par l’eau des sources de l’Elsbeek, qui parviennent à se faufiler sous les tonnes de remblais que l’on a accumulé par dessus son vallon, à la fin du XIXe s. L’eau des étangs s’écoulent ensuite dans un pertuis, une canalisation souterraine sous la place Marie Janson.
En 2024, le nouvel Atlas hydrographique de la Région, qui reconnaît une existence "officielle" aux cours d’eau considérés comme tels, reprend l’Elsbeek entre le parc Paulus et le bas de la place Janson. Ce qu(il devient ensuite reste un mystère.
Le rêve de certain-es habitant-es de recréer un ruisseau, qui aurait coulé le long des rues comme les caniveaux de Freiburg-in-Breisgau... restera un rêve.
Par contre, au moment de la restauration du parc Paulus et d’un examen des canalisations de la Fontaine, miraculeusement, celle-ci s’est remise à couler...
A propos des sources de l’Elsbeek, voir aussi l’inventaire des sources bruxelloises établi par Coordination Senne.
Ci-dessous, le « Grand réservoir », vers lequel convergeaient les conduites amenant l’eau de plusieurs des sources de l’Elsbeek ; à son tour, à l’instar du « Petit réservoir, il était connecté à des canalisations souterraines qui, après un passage sous les remparts de celles-ci acheminaient les eaux vers diverses fontaines de la ville (et vers certains couvent).

