Sommaire

Le Moulin d’Etterbeek sur la « Carte figurative de la chaussée à construire sur la digue longeant les étangs d’Etterbeek, à partir de la porte de Louvain ; dressée, en 1724, par le géomètre André Royet », - (Archives Générales du Royaume, 1/ 02- 219)
Carte d’identité du bassin versant Bassin versant Ensemble de l’espace géographique à l’intérieur duquel les eaux pluviales s’écoulent vers un même exutoire. La limite de cet espace est défini par les points les plus élevés (crêtes) qui déterminent la direction d’écoulement. L’exutoire est généralement un cours d’eau situé en fond de vallée, mais à Bruxelles, où de nombreux ruisseaux ont été enterrés, il est souvent remplacé par un collecteur d’égout.
Nom : Maelbeek (orthographié en néerlandais Maalbeek)
Anciens noms : Pennebeke, Scarenbeke...
Longueur : environ 7,2 km
Début : abbaye de la Cambre - environ 64 mètres au-dessus du niveau de la mer - réunion souterraine de sources provenant des alentours
Fin :
- du ruisseau, jadis : dans la Senne à hauteur de l’ancien Familistère Godin, environ 15 m. au-dessus du niveau de la mer
- du ruisseau reconnu : premier étang d’Ixelles (environ 62 m au-dessus du niveau de la mer)
- du collecteur :
Statut
- collecteur (depuis 1877) selon l’Atlas des cours d’eau non navigables ni flottables Atlas des cours d’eau non navigables ni flottables D’après le catalogue de la KBR « Ensemble de cartes réalisées [commune par commune] en vue de l’application de la loi du 7 mai 1877 sur le levé de cartes relatives aux cours d’eau non navigables de la province de Brabant. Accompagné de fascicules de procès-verbaux, états indicatifs, tableaux descriptifs ». Un jeu complet est conservé à la KBR. Une nouvelle édition de ces atlas a été établie dans les années 50. Normalement, les Communes ont conservé dans leurs archives un exemplaires des cartes concernant leur territoire. En RBC, depuis 2024, c’est l’Atlas du réseau hydrographique de la Région de Bruxelles-Capitale qui reconnaît une existence administrative, juridique, aux cours d’eau non navigables. de la Province de Brabant
- ruisseau (sur 483 m) selon l’Atlas hydrographique de la Région de Bruxelles-Capitale Atlas hydrographique de la Région de Bruxelles-Capitale Aux termes de l’arrêté du 23 mai 2024, « Cet atlas comprend le classement des cours d’eau non navigables, la désignation des étangs régionaux et de certains fossés au sens de l’ordonnance du 16 mai 2019 relative la gestion et à la protection des cours d’eau non navigables et des étangs. » Remplace l’ancien atlas des cours d’eau non navigables ni flottables et apporte une protection partielle au réseau hydrographique de la région. [1]
(Anciens) affluents
- Rodebeek (Ixelles, venant du hameau de Ten Bosch)
- Dambeek (limite Etterbeek - Ixelles)
- Broebelaar (Etterbeek - source toujours reconnue)
- Koningsbeek (Saint-Josse)
- Roodebeek ou Ruisseau de Josaphat (Schaerbeek - reconnu comme cours d’eau non classé Cours d'eau non classé Dans l’Atlas des cours d’eau non navigables ni flottables, cours d’eau dont la gestion incombe au(x) propriétaire(s) du terrain délimité ou traversé par le cours d’eau (propriétaire privé ou public). Cf : fiche d’info sur le site de BE , sur 518 M dans le parc Josaphat [2] )
Lignes de partage des eaux
- A l’Ouest, avec les bassins versant de l’Elsbeek et de la Senne
- A l’Est, avec le bassin versant de la Woluwe
Quelques points de repère - d’après Brugis
- A l’Ouest : réservoir (Vivaqua) de la rue de la Vanne (90 M au-dessus du niveau de la mer), ancien observatoire (place Quettelet - 55 m) église Sainte-Marie (52 m) et hôtel communal de Schaerbeek (33 m)
- A l’Est : campus du Solbosch (100-109 m) et de la Plaine (100-105 m), Rond-Point Montgomery (85 m), Sainte-Suzanne (55 m)
Territoires communaux
- Ixelles (territoire partagé avec le versant Est de la Senne et le bassin versant de l’Elsbeek)
- Etterbeek
- Quartier Nord-Est, extension NE de la Ville de Bruxelles
- Saint-Josse-ten-Noode (territoire partagé avec le versant Est et la plaine alluviale de la Senne)
- Schaerbeek (territoire partagé avec le versant Est et la plaine alluviale de la Senne et, vers l’Est, avec le bassin versant de la Woluwe)
Quelques enjeux hydrologiques spécifiques à ce bassin versant
- inondations dans la vallée, rue Gray : voir enquête
- parc Léopold
A garder aussi à l’esprit
- Friche Josaphat
Données hydrographiques
Selon la tradition locale (mais nous verrons qu’elle est requestionnée), le Maelbeek naît (ou naissait) dans la Mare aux Canards de l’Abbaye de la Cambre et coule grosso modo du sud vers le nord, croisant les territoires de cinq communes bruxelloises. Quatre d’entre elles, Ixelles, Etterbeek, Saint-Josse-Ten-Noode et Schaerbeek se sont développées à partir de noyaux villageois dont on peut dire, métaphoriquement, qu’ils sont issu des eaux du ruisseau. Nous y revenons. Entre Etterbeek et Saint-Josse, la vallée traverse un territoire annexé au XIXe s. par la ville de Bruxelles.
La vallée est relativement étroite, voire encaissée et le relief est (pour la moyenne Belgique) relativement accidenté. La tête du bassin versant culmine à environ 65 et à hauteur de la Senne le thalweg Thalweg Chemin de vallée ou ligne qui relie les points les plus bas d’une vallée. est à environ 15 m au-dessus du niveau de la mer. Les crêtes, aux alentours de la têtre de la vallée, culminent à 105 M (ULB) voire 110 M (avenue Montjoie).

Conséquence des inondations, 1890, à hauteur de la place Jourdan - ruisseau ou collecteur, le Maelbeek est sorti de son « lit ».
Ruisseau ou égout ?
Le Maelbeek, donc, a été entièrement voûté avant 1901 et il avait déjà perdu son « statut » de cours d’eau en 1877 lorsqu’il ne fut plus repris dans l’atlas des cours d’eau non navigables ni flottables [3], établi alors par la Province de Brabant. Cet atlas reconnaissait (ou pas) une existence légale aux nombreux ruisseaux qui serpentaient le paysage du pays - il fut mis à jour en 1956 et plus récemment en RBC. Nous y revenons.

Le Grand Étang de Saint-Josse, première moitié XIXe s. Dessin d’Émile Puttaert
Au temps des étangs
Les villages de la vallée du Maelbeek se sont constitués au courant du moyen-âge. Et leur développement, leur vie économique était profondément liées à deux éléments : la proximité de la ville et le ruisseau. Qui a été progressivement transformé. Dès le moyen-âge, son "lit mineur Lit mineur Partie du lit comprise entre des berges franches ou bien marquées dans laquelle l’intégralité de l’écoulement s’effectue la quasi totalité du temps en dehors des périodes de très hautes eaux et de crues débordantes. D’après " a été rectifié, cheminé par fossés, biefs et canaux de décharge afin d’alimenter les très nombreux étangs créés dans son lit majeur Lit majeur Lit maximum d’un cours d’eau, dans lequel l’écoulement ne s’effectue que temporairement lors du débordement des eaux hors du lit mineur en période de très hautes eaux. Ses limites externes sont déterminées par la plus grande crue historique. Le lit majeur du cours d’eau permet le stockage des eaux de crues débordantes. Correspond à la plaine alluviale. En RBC, les anciens lits majeurs des cours d’eau sont en général très densément urbanisés. D’après et Bruxelles Environnement. - on imagine qu’à l’origine, celui-ci, au creux de la vallée devait être constitué de bois marécageux [4]. Du reste, l’étymologie du nom d’une des villages semble l’attester, puisque Ixelles se disait Elsesele (la « Maison des Aulnes »), devenu Elsene, « Les Aulnes ». L’aulne est, ans nos contrées, l’arbre typique des forêts humides. Les eaux furent domestiquées aussi afin de faire tourner les roues de la dizaine de moulins qui s’égrenaient le long de la vallée.
Quant aux versants de la vallée, depuis les défrichements médiévaux, ils furent longtemps couverts de cultures céréalières. Sur l’interfluve Interfluve Relief qui sépare deux vallées (Petit Robert) - L’espace compris entre deux talwegs - Glossaire Eau et Biodiversité (Fr) entre les vallées du Maelbeek et de la Woluwe, de grandes exploitations agricoles appartenant souvent à de abbayes s’étenaient jusqu’à l’orée de quelques grands bois, qui survécurent jusqu’aux premières décennies du XIXe s. et dont il ne reste que quelques toponymes (Linthout, Solbosch).

Le pont de l’avenue de la Couronne au tournant du XIXe et du XXe s. Carte postale du Fonde de l’ancien Crédit communal - Académie royale de Belgique
Chronique d’une disparition - urbanisation, basculements
Des siècles durant, la vallée ne connut guère de bouleversements (à l’exception des conséquences de la mise en service de la machine hydraulique Hydraulique Science appliquée ayant pour objet d’étude la caractérisation empirique des liquides et des fluides. de Saint-Josse en 1600 - [5]). Les choses commencèrent à changer aux lendemains de la révolution française et de l’Empire (ces deux périodes de l’histoire de France eurent de grandes répercussions dans nos régions, d’autant qu’elles étaient annexées à la France) : suppression de l’abbaye de la Cambre, prémisses d’une densification progressive des faubourgs de la ville, sur le flanc ouest de la vallée, apparition de quelques activités industrielles. C’est surtout aux lendemains de l’indépendance de la Belgique (1830-1831) que le changement s’accéléra : création, rue le versant ouest de la vallée surtout, de nouveaux quartiers (alentours de la place F. Cocq actuelle et surtout Quartier Léopold, construction des premiers réseaux d’assainissement qui déversaient les eaux usées Eaux usées Eaux polluées par l’activité humaine domestique (cuisine, douche, toilettes) ou industrielle. dans le ruisseau, modernisation de pratiques artisanales (création des abattoirs communaux) générant des surcroît de pollution. Tout cela eut des conséquences aussi dramatiques que paradoxales : le progrès, qui améliorait les conditions d’hygiène des un-es (habitant-es des hauteurs), générait de l’autre des contaminations rendant le fond de la vallée invivable. Les quartiers du haut étant en moyenne plus aisés que les quartiers du bas... [6]
Des innombrables étangs qui perlaient la vallée, il ne reste actuellement que quelques témoins, fortement au cours de la seconde moitié du XIXe afin de répondre au goûts de l’époque : les étangs d’Ixelles, l’étang du parc Léopold et la pièce d’eau du square Marie-Louise.
Cependant, les changements les plus conséquents furent sans doute l’apparition du chemin de fer (à partir de 1856) et de voies axiales rayonnant depuis le centre vers la périphérie (rue de la Loi vers 1850, avenue de la Couronne 1880...) qui estompèrent la vallée [7]. Vers la fin du XIXe, sous les recommandations de l’inspecteur voyer (Victor Besme), chargé de superviser une forme de planification du développement de l’agglomération bruxelloise, on déplaça des dizaines de milliers de tonnes de terre. Selon l’expression de Besme, on jeta des montagnes dans les vallées...

Le retour du refoulé
Il en résulta, en particulier à hauteur du pont de l’avenue de la Couronne, des rétrécissements. De façon générale, le développement de la ville passait, sinon par un plan directeur centralisé (nous n’étions pas à Paris ni à Barcelone) mais néanmoins par des lignes directrices...
Mais, curieusement, il semble que l’on ait un peu oublié la vallée. Bien que l’on ait rasé les anciens villages, dont il ne reste rien ou presque, on n’a pas pensé, à l’époque, que, par exemple, là où l’on minéralise un ancien lit majeur, on crée une barrière à l’écoulement des eaux. Tant des eaux dont le sol est gorgé, qu’on empêche de s’acheminer vers un exutoire Exutoire Issue par laquelle un ensemble d’eaux est évacué, s’écoulant le plus souvent par gravité. Dans un bassin versant, il est généralement représenté par un cours d’eau ou un collecteur en fond de vallée. , que des eaux pluviales, on empêche les unes et les autres de s’acheminer vers un exutoire...
Il en résulta, dans des quartiers très (trop) densifiés, de nombreuses inondations, qui restent encore dans les mémoires (et qui se reproduisent encore...

Photo non datée (mais prise avant la construction du bassin d’orage) montrant l’ampleur des inondations
Basculements
Les quartiers, progressivement, se sont dégradés, au point qu’aux alentours de 1970, les autorités en charge de la politique de la ville, de concert avec des architectes et urbanistiques profondément imprégnés de l’idéologie de Le Corbusier, planifièrent une éradication des quartiers tout au long de la vallée au profit d’une autoroute urbaine et d’un bâti dans le goût de l’époque. Ces vues suscitèrent une forte opposition, qui aboutit aux tables rondes du Maelbeek, réunissant autorités et représentant-es de comités d’habitant-es.
Plus tard, c’est autour du bassin d’orage de la place Flagey qu’une mobilisation eut lieu... Voir ici. Il en ressortit, cette fois, que peut-être la solution aux problèmes consécutifs aux choix de la modernité se trouvaient peut-être un peu en dehors d’elle. Que répondre au surcroît incessant d’infrastructures technique érigées afin de pallier les conséquences de choix techniques ayant motivé l’érection d’infrastructures... C’est de cette remise en question qu’a émergé le mouvement qui allait devenir les EGEB ainsi que les notion de solidarité de bassin versant....

La mare aux Canards de l’Abbaye de la Cambre, pas vraiment la source du Maelbeek, mais cette dernière n’est pas loin (photo Daniel de Loneux, 2010)
Résurgence de la conscience d’un ruisseau...
En date du 23 mai 2024, un arrêté de la RBC rendait officiel nouvel atlas hydrographique de la Région, qui reconnaît une existence officielle aux cours d’eau, aux étangs gérés par la Région et à certains fossés. Cet atlas indique un filet d’eau souterrain reliant des sources situées quelque part du côté de l’Abbaye de la Cambre au premier des Étangs d’Ixelles. Ce filet n’est pas forcément connectée à la Mare aux Canards. En effet, des prospections effectuées il y a quelques années ont permis de redécouvrir un vieux pertuis Pertuis À Bruxelles, un pertuis désigne une canalisation souterraine destiné à recevoir des eaux claires, plus souvent spécifiquement celles d’un cours d’eau. Celui-ci peut alors être décrit comme voûté. connecté à des sources en amont [8].
C’est lui qui est repris sur l’atlas : le Maelbeek existe donc aux yeux de la loi, en tant ruisseau sur une longueur de 483 mètres.
Plus en aval, ce qui coule le long du thalweg est considéré comme un collecteur. Les eaux usées s’y mêlent aux eaux de pluie voire aux sources captées et à des eaux de nappe drainées... L’on pourrait dire que, mises à part les eaux usées (que l’on ne souhait bien entendu pas voir renvoyée - du moins avant épuration - dans le réseau hydrographique), toutes pourraient constituer... un ruisseau.
