Argumentaire général

Tiré du rapport scientifique #3

Cette approche est l’un des résultats relativement inattendu de la Recherche-action Brusseau.
Le pari de la cocréation, plus spécifiquement dans le cas de Brusseau, est de montrer que le recours à des systèmes ouverts de production de savoirs permet d’innover dans de nombreux domaines et sur plusieurs niveaux du projet. D’une certaine manière, il s’agit d’inverser la tendance historique de technocratisation de la gestion de l’eau et de permettre une ressaisie sociale de ces questions. L’idée étant de créer un espace de dialogue entre les déterminants sociaux, techniques et politiques afin qu’ils s’entre-déterminent, justement.

Nous ne développerons pas ici l’ensemble des techniques et dispositifs mis en œuvre pour faire exister une telle gestion de l’eau. Il se fondent sur des grands principes d’infiltration Infiltration Représente la quantité d’eau pluviale qui percole par gravité dans un sol, naturel ou non. La capacité d’infiltration d’un sol, ou perméabilité, dépend de sa nature (porosité, composition) et de sa teneur originelle en eau. Ainsi, une surface bitumée sera qualifiée d’imperméable (infiltration faible) tandis qu’un sol sableux sera qualifié de très perméable (infiltration importante). , de stockage ou de rétention, de ralentissement, etc. Une littérature abondante existe sur le sujet.

L’innovation apportée par Brusseau est que le choix précis de ces dispositifs sur le territoire peut être fait sur base d’une expertise qui implique outre les fonctionnaires de l’administration, les scientifiques et technicien.ne.s, les habitant.e.s et usager.ère.s de la ville à partir de la singularité des situations sur lesquelles nous avons travaillé. Et dans le foisonnement de ce que Brusseau a donné à voir en termes de modélisations – hydrologiques, architecturales et paysagères – se nichent en effet quelques propositions techniques spécifiques qui pourraient y passer inaperçues.

Celles-ci se rapportent souvent à des situations « charnières » qui ne se laissent pas saisir sur la seule base des grands principes de gestion de l’eau édictés plus haut. On les retrouve ainsi à l’intersection de chantiers en eux-mêmes moins connus : de la déconnexion de toitures vers l’infiltration en voie publique, ou vers des espaces de rétention ; de l’infiltration en voie publique vers la recherche d’exutoires dans le réseau hydrogra- phique ; etc. Dans ces situations d’indétermination,
où aucune littérature spécifique ne balise l’œuvre à accomplir, c’est le « génie » de la situation qui doit trouver une issue face aux problèmes qui se posent.

Dans ces situations d’indétermination,
où aucune littérature spécifique ne balise l’œuvre à accomplir, c’est le « génie » de la situation qui doit trouver une issue face aux problèmes qui se posent.

La créativité socio-technique qui s’exprime alors est rendue possible par l’expérience et l’expertise pointue qu’ont les acteur.trice.s des réalités hydrologiques, architecturales, paysagères, mais aussi sociales et culturelles, d’un lieu donné ; notamment accumulées par le travail des CH et des institutions auxquelles elles sont en contact.

Dans les pages qui suivent (voir les autres articles de cette rubrique), c’est bien quelques-unes de ces situations que nous désirons mettre en exergue au moyen d’une brève description technique des dispositifs imaginés et d’une narration des processus qui en ont permis l’émergence. Des situations où se rencontrent, s’entremêlent et s’enchâssent nombre d’acteur.trice.s, de désirs, de postures, de nécessités et de contraintes. Face à la complexité du lieu, les solutions trouvées relèvent souvent d’une opération de bricolage. De l’assemblage qui paraît parfois fortuit, voire chanceux, mais qui toujours est le fruit d’une créativité sans doute impensable dans une dynamique classique de gestion du territoire, de l’eau, des espaces, selon un découpage administratif – et donc technique – en silo ou en marchés publics. Au travers de ces quelques fiches, c’est bien la posture dialogique et de collaboration entre les différent.e.s acteur.trice.s voulue par Brusseau qui est valorisée en cela qu’elle permet de trouver des solutions techniques innovantes car tenant compte des exigences multiples de collectifs complexes. L’espace de pensée ouvert à l’émergence, aux regards multiples, à la prise en compte première des situations, etc., autorise les accidents de l’imaginaire et les combinaisons socio-techniques.

L’espace de pensée ouvert à l’émergence, aux regards multiples, à la prise en compte première des situations, etc., autorise les accidents de l’imaginaire et les combinaisons socio-techniques.

Sans certaines de ces solutions techniques spécifiques, c’est parfois l’ensemble des dispositifs imagi- nés en amont ou en aval de la situation considérée qui ne peut être planifié, voire imaginé. C’est dire l’importance de créer les mécanismes socio-culturels qui permettent l’émergence de solutions techniques, voire la concrétisation de ces dernières.