Faut-il démontrer que l’avènement de la science cartographique doit beaucoup aux impératifs militaires ? Pensons aux fameuses cartes établies par le comte de Ferraris, directeur de l’école de mathématique du corps d’artillerie des Pays-Bas autrichiens, sur commande du gouverneur Charles de Lorraine (fin du 18e siècle). Ces cartes ont entièrement été dessinées à la main par des élèves officiers et à des fins de stratégie militaire. Comment imaginer que ces belles cartes évocatrices que les amoureux du paysage aiment encore contempler aujourd’hui avaient une vocation d’abord stratégique, au sens de militaire ? Ici, aux abords de cette ville, on pourra installer une garnison. Là, de l’autre côté du bois, on pourrait cacher une brigade de fantassins. Ailleurs, cette plaine forme un beau champ de bataille, sur la colline on fera un observatoire, cette rivière, enfin, formera une protection contre des attaques de notre arrière-garde, etc.
Mais la cartographie est aussi administrative et politique. Asseoir le pouvoir de l’État passe par une représentation géographique. Quels sont les enfants qui n’ont pas imprimé durablement dans leur mémoire les cartes des États du monde ou des provinces de notre pays (avec leurs chefs-lieux, etc.) affichées au mur des écoles, au point de refermer sur elles les imaginaires politiques ? C’est dire la puissance de la carte !
Cartographier, c’est sélectionner, rendre visible et porter à la connaissance des informations en fonction d’un objectif à atteindre, en fonction de ce pour quoi l’on veut se donner une capacité de comprendre ou un pouvoir d’action.
Les usages de la cartographie se sont largement multipliés, démocratisés et commercialisés. Pensons aujourd’hui au système global de positionnement (GPS) développé par la défense étasunienne mais vendu à tout utilisateur planétaire ayant besoin d’une aide à la navigation.
Cartographier, c’est sélectionner, rendre visible et porter à la connaissance des informations en fonction d’un objectif à atteindre, en fonction de ce pour quoi l’on veut se donner une capacité de comprendre ou un pouvoir d’action. Et le fait de cartographier n’est plus seulement un exercice dévolu à un pouvoir central. OpenStreetMap, par exemple, offre un formidable exercice de cartographie collaborative à l’échelle locale et mondiale tout à la fois, à l’usage libre et dont la propriété est commune. La production de l’information cartographique se décentralise au profit de multiples usages : la « puissance » se décentralise également et se diversifie, nous parlerons de capacité à agir. Pensons, par exemple à Belgique Mode d’emploi qui met en valeur les initiatives citoyennes en RBC et ailleurs.
Les cartes vont permettre de « nous » donner une capacité de diagnostiquer et d’agir en matière de gestion de l’eau décentralisée et participative.
A l’issue de cette courte discussion sur la cartographie, on voit que la question est quadruple : qu’est-ce qui est cartographié ? comment c’est cartographié ? qui cartographie ? à qui est présenté le résultat de la cartographie ? C’est à l’aune de ces questions que nous allons discuter de l’enjeu cartographique pour Brusseau : les cartes vont permettre de « nous » donner une capacité de diagnostiquer et d’agir en matière de gestion de l’eau décentralisée et participative.
Les données cartographiques seront recueillies, produites, corrélées par les membres de l’équipe (hydrologues, historiens, urbanistes, architectes, etc.), mais aussi par et avec les habitants. Certaines personnes tant à Forest qu’à Jette se sont familiarisées avec ces outils. Elles étudient, analysent et même réalisent des cartes en compilant des informations relatives à l’histoire locale (voir capsules 6 et 7). A cet égard, il est important d’opérer un double croisement :
> entre le travail effectué grâce aux sources locales et régionales,
> entre la recherche passionnée, empirique, et le nécessaire regard de la critique historique — l’une et l’autre pouvant se nourrir réciproquement.
Ici, c’est tout le rapport entre expert et habitant qui se joue, il doit s’établir dans le dialogue. Les exigences des uns n’étant pas nécessairement celles des autres.
Ici, c’est tout le rapport entre expert et habitant qui se joue, il doit s’établir dans le dialogue. Les exigences des uns n’étant pas nécessairement celles des autres. La co-production cartographique se fera également dans le cadre de ce qui est appelé les Map-it
Map-it
Map-it [cartographiez-le] est une méthode à la fois ludique et rigoureuse de cartographie collaborative pour aider à réfléchir posément et à dialoguer sur des questions urbanistiques.
À la suite de promenades exploratoires, les ateliers Map-it proposent aux participants d’inscrire sur un fond de plan parcellaire et à l’aide d’une série d’icônes autocollantes les constats, les problèmes et les opportunités liés à la présence de l’eau dans les quartiers explorés. Pour en savoir plus.
. Il est proposé que les habitants amènent à préciser des observations de terrain pour les reporter sur des cartes ainsi que des propositions de solutions face aux problèmes. Il s’agit d’exercices collectifs qui peuvent se faire sur une base physique ou virtuelle. Le travail de l’hydrologue et de l’urbaniste est toujours de mise, mais il se situe dans un cycle de rétro-action complexe, de co-vérification, de co-validation, etc.
La carte constitue donc un outil pour collecter et conserver les informations et les observations, pour les « capitaliser » et qui, par un système de calques, permet de les superposer, de les corréler. Et – cela va sans dire – une carte est un instrument de communication. Une carte qui reste dans un tiroir ne sert à rien. Nos cartes co- produites sont surtout des instruments de mise en relation au sein des CH à l’aide desquelles nous renforcerons nos hypothèses de diagnostic et nos propositions de solutions pour ensuite les présenter et les discuter dans nos rapports aux institutions communales, régionales, etc. Elles seront présentées au monde aussi par le biais de l’internet.
Enfin, nous dirons qu’une carte, parce qu’elle donne à voir ou à comprendre, nous amène aussi à nous rendre sensibles. La question esthétique n’est pas négligeable à cet égard.
Cette capsule souhaite rendre compte de trois pans très différents du travail cartographique réalisé au cours de cette année :
> la création d’un atlas des Communautés hydrologiques,
> les cartographies collaboratives Map-it sur le terrain,
> l’élaboration d’un outil cartographique collaboratif en ligne.


