Les EGEB et la coproduction, une histoire si longue, et impossible ?

Editorial - Mai / Juin 2026 - La nécessité de comprendre

Certaines personnes qui nous connaissent moins nous demandent : mais quel est le rapport entre les EGEB et la co-production de la ville ? On ne s’y retrouve pas bien. Pour celles et ceux qui nous connaissent, ce passage de la "gestion de l’eau" à la co-production de la ville devrait couler de source - sans mauvais jeu de mot -, tout au moins pour tout ce qui est lié à l’eau de pluie, aux eaux de source (justement), aux cycles de l’eau, petits ou grands, ce qui implique aussi, le sol et le végétal et tant d’autres choses.

, par Dominique Nalpas

Se pencher sur les questions climatiques que ce soit pour tenter de réduire les risques d’inondations et son cortège de problèmes sociaux, ou au contraire les questions de sécheresse ou de pics de chaleur suppose de s’intéresser à la ville, à l’habiter dans son ensemble, à tout ce qui est notre rapport à la géographie et aux bassins versants. Si nous souhaitons une appropriation collective de ces questions - voire populaire - il faudra bien coopérer, créer des alliances, imaginer des solidarités, coproduire du savoir, voire des solutions, etc. Les EGEB ont près de 15 ans de tentatives de coproduction de savoirs et de solutions horizontales ou verticales à son actif, ce qui en fait déjà une longue histoire. Ce qui n’empêche qu’il nous faut apprendre encore. Voyons cela en accéléré.

Les EGEB ont près de 15 ans de tentatives de coproduction de savoirs et de solutions horizontales ou verticales à son actif, ce qui en fait déjà une longue histoire. Ce qui n’empêche qu’il nous faut apprendre encore. Voyons cela en accéléré.

Lors de la rencontre avec Charlène Descollonges, en introduction de la soirée Eaux Vives, nous indiquions déjà qu’à l’époque du conflit du bassin d’orage à Flagey, cette notion était abordée par l’idée de participation [1]. Troquer le bassin d’orage comme solution aux problèmes d’inondations par le bassin versant Bassin versant Ensemble de l’espace géographique à l’intérieur duquel les eaux pluviales s’écoulent vers un même exutoire. La limite de cet espace est défini par les points les plus élevés (crêtes) qui déterminent la direction d’écoulement. L’exutoire est généralement un cours d’eau situé en fond de vallée, mais à Bruxelles, où de nombreux ruisseaux ont été enterrés, il est souvent remplacé par un collecteur d’égout. comme terrain collectif d’action ouvrait - selon nous - une voie à l’expression d’un droit à définir son environnement économique, écologique, social et même politique, un droit à la production de la ville par une diversité d’acteurs. Charlène Descollonges, dans sonlivre Eaux vives exprime avec clarté que l’hydrologie Hydrologie Science se référant au cycle de l’eau sur Terre, c’est-à-dire aux échanges et aux flux entre l’atmosphère, la surface terrestre et son sous-sol. régénérative appelle à l’alliance entre les forces en présence.

Coproduction institutionnelle, sitôt née, sitôt morte et nouvelles alliances

Nous avons tenté de rendre effective cette approche de la participation, déjà dans le Maelbeek en 2007 avec Eau Water Zone et Maelbeek dans tous ses États [2], etc. En 2014 la coproduction a été rendue plus effective encore avec le Versant solidaire de Forest associant une société civile agissante forestoise avec la commune et les EGEB, imaginant même une forme de gouvernance partagée très innovante décrite dans les Actes de naissances de ce Bassin versant solidaire (au cahier 7). Dans le glossaire de Fairville, il s’agit là d’une véritable coproduction institutionnelle, terme qui n’existait pas à l’époque. Sans entrer dans les plis et replis de l’histoire, ce fut assez rapidement un échec, la collaboration entre société civile et pouvoirs publics ayant rompu un peu plus d’un an après sa constitution.

L’organigramme du Versant solidaire de Forest

Cet échec a amené à élaborer une autre expérience en termes de coproduction définie comme communautaire, notamment dans le cadre de la recherche-action Brusseau, avec la mise en place de Communautés hydrologiques. Cette recherche-action en cocréation de savoirs - horizontale celle-là, donc - a permis de montrer que ces communautés spécifiques permettaient de mieux comprendre certaines dynamiques hydrologiques dans les bassins versants et offraient de nouvelles pistes pour la recherche de solutions ainsi qu’une possible résilience de la ville face au inondations, notamment. Ce qui a d’ailleurs permis de remettre en question le bassin d’orage du square Lainé et de ne pas mettre en danger le Jardin Essentiel, jardin semencier et citoyen - pour un temps du moins -, ainsi que l’achat du Marais Wiels par la Région (probablement).

Retour à la coproduction avec les institutions publiques et nouvel échec

Forte de cette expérience, la dynamique s’est rouverte aux institutions publiques communales et régionales du bassin versant du Molenbeek, avec la plateforme expérimentale Brusseau Bis. Dans ce cas, l’idée a été de co-tester ce que nous avons appelé des outils technico-socio-environnementaux dans la perspective de soutenir différentes formes de co-production de savoir et de solutions - de l’émergence de collectifs à la co-gestion en passant par le co-diagnostic ou le co-design, etc. Il a fallu constater, cependant, que les pouvoirs publics se sont dits, in fine, pas intéressés par la co-création, la coproduction. C’est trop cher, trop énergivore, trop chronophage, ont-ils affirmé, ce qui vaudrait un débat en soi.

Face à ce refus institutionnel, nous nous sommes adressés, toujours avec Brusseau, au politique au niveau du parlement bruxellois en proposant ce que nous appelons le Grand Défi de la vallée du Molenbeek. Mais là encore, nous nous sommes heurtés à une fin de non recevoir.

Faire ville donc !

Qu’à cela ne tienne, le projet Fairville venait bien à point pour mener une recherche-action sur le thème de la coproduction afin de réduire les inégalités et renforcer la démocratie. C’est avec la plateforme Délier le fils de l’eau, dès 2021, que nous avons tenté de rendre existant aux yeux des pouvoirs publics, la problématique des inondations dans la vallée du Maelbeek, une sorte de retour aux sources. Cette action est devenue l’un des laboratoires de Fairville - le FairvilleLab de Bruxelles - avec sept autres FairvilleLabs en Europe et Afrique. Le récit de la saga de la rue Gray se raconte tout au long de chroniques, sorte de vaste enquête au long cours Des gens inondés rue Gray, est-ce une fatalité ?. Malgré tous les efforts, si aujourd’hui, un début d’intérêt se manifeste pour les habitant·e·s inondé·e·s nous ne pouvons pas encore parler de coproduction de savoirs entre les pouvoirs publics et les habitant·e·s, ni même de recherche de solutions pour venir en aide aux habitant·e·s de cette rue.

Face à ce continuum d’échecs en coproductions intitutionnelles, certes, nous pouvons nous remettre en question ainsi que nos méthodes. Nous pouvons au contraire renforcer notre esprit critique sur la manière dont la gestion de cette ville semble ne pas vouloir intégrer ses habitant·e·s.

Mais il nous reste aussi à mieux comprendre cette notion de coproduction en soi, ses mécanismes, ses conditions de possibilité, son rapport au conflit / coopération, etc. ses dynamiques horizontales ou verticales

Mais il nous reste aussi à mieux comprendre cette notion de coproduction en soi, ses mécanismes, ses conditions de possibilité, son rapport au conflit / coopération, etc. ses dynamiques horizontales ou verticales. C’est ce que tente de faire le réseau Fairville dont nous faisons partie qui réfléchit à toutes ces questions et tente de donner des clés de compréhension, somme toute, en menant des expériences dans toute l’Europe et même au-delà. Le thème de la coproduction (de la ville) devient en soi un thème de co-recherche et pas seulement en lien avec la question de l’eau.

Dessinons un paysage de la co-production à Bruxelles (si tant est que cela existe !)

Pour en savoir plus en ce qui concerne Bruxelles, le 9 juin, nous coorganisons la Rencontre en coproduction, Coproduire la ville ?, une manière de tenter de dessiner un paysage de la coproduction à Bruxelles à partir de la société civile - pour commencer -, si tant est qu’un tel paysage existe ! Comment perçoit-on cette notion dans cette ville ? L’utilise-t-on dans sa pratique ou non ? Si oui, pour quels résultats, etc. Si non pourquoi ? Assurément les positions sont très variables.

Cette action co-produite avec IEB et le soutien de Fairville alimentera le Bruxelles en Mouvements spécial co-production qui devra sortir en septembre... En venant ce 9 juin, vous pourrez y contribuer !

Notes

[1Lire cette introduction

[2Ces projets déjà anciens, antérieurs aux EGEB, mais dont ces derniers héritent, seront visibles sur le site des EGEB dans les temps à venir. A suivre.